Entretien avec Lou Broquin

Le cœur d’une enfant, comme une nuit … étoilée
« On est là pour l’amener avec délicatesse au cœur de ses propres tempêtes » Lou Broquin à propos des liens qui unissent son spectacle au jeune public.

Bouchka, c’est du rêve mais du rêve éveillé. C’est probablement en tout cas, ce que pourra ressentir le spectateur en sortant de ce spectacle. C’est du lourd, du très lourd. Et pourtant Bouchka  traverse bien des cauchemars, il y a cette nuit, ce grand loup, cette nuit bien trop pesante, « même la neige est sale » … mais  la sortie vers la lumière, vers la féérie de la voûte étoilée, vers sa propre paix intérieure est d’autant plus belle que le chemin est long et ténébreux. Tout a été pensé avec minutie, toute ce que l’on voit sur le plateau veut dire quelque chose, il n’y a pas une seconde qui n’était réfléchie, comme le dit très justement Lou, la jeune metteure en scène de 28 ans, avec son incroyable maturité : « la scénographie et ses différents éléments palpitent au rythme des émotions de cette enfant en souffrance », avec cette déchirure, le départ du père pour sa vie professionnelles, ses propres voyages … « Dehors, tout est noir, le soleil est parti avec papa ».  Les interprètes sont captivantes, Bouchka la petite fille, chacun d’entre nous s’y reconnaîtra, mais aussi sa mère si délicate …  « J’essaie de parler à l’intime, au monde intérieur du spectateur» explique Lou. C’est réussi, la maison intérieur du spectateur vole en éclat mais parvient au fur et à mesure du spectacle à se reconstruire. C’est une expérience à vivre parce qu’elle chemine avec les symboles les plus intangibles, qui nous parviennent de la nuit des temps. Les cris, les pleurs, la nuit, la forêt, le chemin, le loup  puis la transmission de la lumière, la neige étincelante, la lune, les étoiles et le retour de la lumière dans le foyer familial.  « Quand j’étais petite, j’aurais aimé qu’on me raconte cette histoire, parce qu’à la fin de ce livre, il est écrit : « Demain, il fera jour », explique Lou.

Créature : une drôle d’histoire familiale

« Nos filles ont vécu en immersion permanente à l’atelier, dans les tournées », précise Odile Broquin, cette ancienne comédienne qui vient de la scène nationale. « Même les petits enfants de Lou vont voir sculpter papi Michel à l’atelier ». Michel Broquin, c’est le plasticien-marionnettiste qui s’est construit dans l’effervescence des années fastes de l’Education Populaire avant de construire lui-même, de consacrer sa vie à la fabrication de marionnettes et de masques. Désormais les trois filles d’Odile et de Michel, et qui sait peut-être demain les petits enfants, prennent la relève de la Compagnie.  « Et ca c’est fait sans le chercher »; on retrouve notamment dans Bouchka : Lou à la mise en scène et Ysé, l’une de ses soeurs comme interprète, mais aussi la marraine de la famille, le mari de Lou … La compagnie Créature, c’est non seulement une belle histoire familiale mais c’est surtout une famille de créatifs rares. Plus de 30 créations avec Odyssud et le soutien de la Ville de Blagnac, une tournée sur les routes internationales avec Les Iréels (créé pour le Noël 2013 à Toulouse), une entreprise familiale et surtout un collectif riche de 18 personnes …

Pourquoi s’adresser plus particulièrement aux enfants ? Les enfants vivent les mêmes choses que nous. Un enfant qui voit un clochard au coin de la rue se pose des questions. Les enfants d’aujourd’hui ont une chance extraordinaire qu’on essaye de leur répondre … Ce n’est pas parce qu’on écrit pour des petites personnes, que l’on doit écrire à genoux. Un enfant n’est pas une petite chose fragile, il est en connexion directe avec ses émotions, sa sensibilité.  Une enfant pleure beaucoup plus que nous, un enfant est traversé toute la journée par des émotions très exacerbées. Il faut donc le protéger tout en s’adressant à lui.

La Kokoschka maîtrisé sur le bout des doigts …  On voit rarement des marionnettes dites de Kokoschka, du nom du peintre autrichien Oskar Kokoschka (1886-1980). La maîtrise rare de ce procédé, qui consiste à poser une (vraie) tête d'acteur sur un corps minuscule dont les bras et les jambes paraissent animés d'une vie autonome, offre au milieu du spectacle Bouchka un effet spécial à vous couper … les bras.

D’après l’album La lumière de Bouchka. Bouchka est une merveilleuse adaptation de l’album de Rachel Hausfater, un alliage précieux de textes et d’images. « C’est la force et la délicatesse de cet album », qui a  touché Lou au point d’avoir envie de le mettre en scène.  « Quels mots offrir aux enfants pour dire leurs sentiments douloureux ? ». C’est la question que pose le service d’action culturelle d’Odyssud à travers le regard croisé entre Lou Broquin et Rachel Hausfater le samedi 19 novembre à l’issu de la représentation.

Retourner en haut de la page

S'inscrire à la newsletter Odyssud

Pour vous inscrire à notre newsletter,
veuillez renseigner votre adresse email :