Guests

« Je ne sais pas si on peut aller plus loin ? »
Les fabuleux jeunes danseurs du Groupe Grenade reviennent à Odyssud dans un programme de « must » de la danse contemporaine : « Guests ». Présentation par leur dynamique chorégraphe Josette Baïz.

Vous avez dit que ce que vous appréciez dans Newark de Trisha Brown, « c’est la force avec laquelle la pesanteur et la liberté sont réunis à travers les corps » … Pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est quelqu’un que j’admire au plus haut point, une chorégraphe américaine très reconnue et c’est vrai que je m’inspire beaucoup de ce qu’elle a fait parce qu’elle travaille sur la matière, sur  le poids, sur une espèce d’immédiateté de l’action qui fait qu’en général,  ses danses sont très justes, très belles.  Je me sers beaucoup de ses concepts notamment pour les enfants.

 

Pour aller ensemble plus loin, n’est-ce pas là le sort lié de l’humanité que d’incarner cette pesanteur et le désir de s’en détacher ?

Il est clair que l’être humain est une sorte d’axe entre le ciel et la terre. Le danseur et le chorégraphe  sont une sorte de canal entre ces deux mondes. Je ne fais pas partie de ces chorégraphes très abstraits qui vont travailler des géométries … En tant que chorégraphe, je m’intéresse essentiellement à l’humain. Qu’est-ce qu’il y a derrière ce danseur ? Comment se sort-il effectivement de cette histoire de pesanteur et d’apesanteur ?

 

En 1989, le Ministère de la Culture vous propose une résidence dans une école d’un quartier nord de Marseille. Qu’est-ce qui a vous a marqué ?

La pluralité des cultures,  c’était très impressionnant. Dans ces quartiers Nord de Marseille,  on avait l’impression d’avoir la planète entière dans une même cours d’école. Du coup, il y avait un mélange de cultures chorégraphiques très impressionnant : les enfants savaient aussi bien danser, certains le flamenco, d’autres la danse orientale, d’autres le hip-hop, d’autres la danse africaine... Face à tant de matières chorégraphiques, j’ai eu l’impression de devoir tout réapprendre.

 

Existe-t-il un style Grenade ? Comment le qualifieriez-vous ?

L’originalité du Groupe Grenade a été de métisser toutes ces danses … au point que cela a  produit une espèce de danse très particulière, très souple, très ouverte,  très libre,  où l’on peut passer des entrechats à une figure de hip-hop ... En ouvrant  les corps, on a forcément ouvert  les esprits parce qu’il faut changer de codes sans arrêt.

 

En plus d’une technicité forte, vous parlez souvent de l’engagement fort de ces adolescents, comment l’expliquez-vous ?
Ces enfants sacrifient tout à la danse,  ils sacrifient leurs mercredis, leurs samedis. Ils  partent souvent en tournée … J’ai presque plus de facilité à élaborer des choses avec ces enfants qu’avec des adultes. Je les trouve très à l’écoute, parce qu’ils ont choisi la danse pour des raisons profondes. Ils font au minimum 12 heures par semaine, ce sont des enfants ultra-motivés. Du coup, ces enfants parviennent à réaliser des performances qui ne sont absolument pas de leur âge.

 

Pourtant ces enfants ne peuvent pas avoir la même maturité qu’un danseur adulte, le même vécu ?

C’est un poids en moins, j’oserais dire.  Ils sont plus à l’aise. Le danseur adulte, psychologiquement, a des choses qui peuvent être lourdes, le poids de la vie, de gagner sa vie, de se faire reconnaitre dans son métier  … Les enfant sont plus légers, ils  arrivent à avoir une espèce d’immédiateté dans le travail que bien souvent les adultes n’ont pas. Ils sont tout de suite à fond avec vous, ils n’ont pas de filtres mentaux, ils sont dans une réponse ultra-rapide.

 

Guest  est la quintessence d’une alchimie rare entre une expression multiculturelle de terrain et l’écriture pointue de grands noms de la danse contemporaine. Avec un tel projet, quelles exigences  nouvelles avez-vous dû relever ?

C’est sans doute le programme le plus difficile que j’ai fait. Lucinda Childs, c’est très difficile à danser, les enfants ont du faire beaucoup de classique. Ceux qui ont travaillé avec Alban Richard ont réalisé un véritable tour de force sur les possibilités du cerveau à impliquer la répétition dans la matière.  Dans Hofesh Shechter, il faut travailler avec un bassin à  30 cms du sol.A part en danse russe, je n’ai jamais vu ça …  Je ne sais pas si on peut aller plus loin ?

 

Jusqu’à quel point laissez-vous la part pré-ado ou ado s’exprimer sur scène ? Nous allons vivre par procuration cette énergie, est-ce un moyen pour vous aussi de la vivre au quotidien ?

J’adore l’adolescence, c’est un moment formidable mais très dur à vivre … surtout pour nous [rires]. C’est une sauvagerie tout à fait intéressante, on le voit notamment dans Wayne Mc Gregor. On a l’impression que ce programme est fait pour eux. C’est un programme rebelle,  c’est comme ça que je le qualifierais. On a l’impression bien souvent d’être dans une rébellion adolescente. Il y a une sorte de violence intérieure dans Wayne Mc Gregor, Lucinda Childs, Hofesh Schechter, Rui Horta …

Retourner en haut de la page

S'inscrire à la newsletter Odyssud

Pour vous inscrire à notre newsletter,
veuillez renseigner votre adresse email :